Confucius "le penseur"

Confucius "le penseur"

« Je lève un coin du voile, si l’étudiant ne peut découvrir les trois autres, tant pis pour lui. »
 
C’est l’académicienne et historienne Anne Cheng qui parle le mieux de l’héritage confucéen : « Plus qu’un homme ou un penseur, et même plus qu’une école de pensée, Confucius représente un véritable phénomène culturel qui se confond avec le destin de toute la civilisation chinoise. Ce phénomène, apparu au Vème siècle avant notre ère, s’est maintenu pendant deux mille cinq cents ans et perdure encore aujourd’hui, après avoir subi maintes transformations et survécu à bien des vicissitudes ».
 
Pourtant, comme Socrate, son contemporain, Confucius n’a jamais rien écrit de sa main. Son enseignement tient dans un mince ouvrage, les Entretiens, compilé par ses disciples qui y ont transcrit leurs échanges avec le maître. La doctrine confucéenne influença profondément, et ce pendant des siècles, le développement de la politique, de l’économie, de la culture, et plus encore de l’éducation et de l’éthique dans les pays de la région, notamment en Corée, au Japon et au Vietnam. À leur retour de Chine au XVIIème siècle, les missionnaires jésuites partis évangéliser la Chine répandirent les idées de Confucius en Occident. Les philosophes des Lumières, et en particulier d’Holbach, Voltaire ou Quesnay, y virent une illustration exemplaire de leurs propos afin de dénoncer les abus de leur temps et attaquer le despotisme et la doctrine du droit divin.
 
L’influence des préceptes confucianisme sont encore très prégnants dans le monde asiatique et connaissent un regain d’intérêt dans le monde occidental. Le concept central de la doctrine de Confucius est le Ren - la bienveillance -, dont la pratique a pour norme Li, la moralité. Mettant l’homme au centre de ses préoccupations et refusant de parler des esprits ou de la mort, Confucius n’a pas fondé de religion au sens occidental du terme, même si un culte lui a été dédié par la suite. Cherchant à fonder une morale positive structurée par les « rites » et vivifiée par la « sincérité », mettant l’accent sur l’étude et la rectitude, Confucius représente l’éducateur par excellence, bien qu’il n’ait pas voulu s’ériger en maître à penser et qu’au contraire le maître souhaitait développer chez ses disciples l’esprit critique et la réflexion personnelle : « Je lève un coin du voile, si l’étudiant ne peut découvrir les trois autres, tant pis pour lui. »